Chandigarh, la capitale du Penjab, Le Corbusier la voit tout de suite comme l'application de toutes ses théories audacieuses sur la ville moderne. Sa création la plus représentative sera évidemment la sculpture de la main, qui deviendra le symbole de la ville, mais aussi de son concepteur. Mais il construit aussi la ville à l'image d'un corps humain. La « tête », les bâtiments administratifs, seront placés au nord. Le cœur de la ville, incarné par les marchés et commerces, sera au centre. Il signe de nombreuses constructions, comme la Haute Cour de Justice, où le Parlement, pour lequel il réalise une porte sculpturale, et même les tapisseries. Il dessine avec Pierre Jeanneret tout le mobilier qui sera utilisé dans les locaux publics.

19 octobre 2011

TEXTE : Marine Normand

PHOTOGRAPHIES : DR

Une décennie pour matérialiser une ville-chef d'œuvre, où chaque élément est une partie d'une création totale, celle des architectes. Une reflexion qui va de la plaque d'égout au bâtiment des Ministères. Une inspiration pour Oscar Niemeyer, qui pensera dès 1956 la ville de Brasilia dans des termes assez proches. Chandigarh semble une utopie tellement le

Penser une ville dans son intégralité...C'est le défi qui a été soumis à Le Corbusier et Pierre Jeanneret, au début des années 50 par le premier ministre indien Nehru. A Genève, la galerie Anton Meier revient sur ce projet audacieux à l'occasion d'une exposition consacrée au mobilier de Chandigarh.

Car c'est véritablement ce dernier qui sera le plus impliqué dans le projet. Alors que Le Corbusier continue de travailler en même temps sur de nombreux autres projets internationaux, Pierre Jeanneret s'installe en Inde pendant quinze ans et se consacre pleinement à l'érection de Chandigarh. Il monte une école d'architectes et forme les locaux à la vision moderniste. Au lendemain de l'indépendance de l'Inde, tout est à faire dans le pays. Les industries sont reparties avec les Anglais, et les Indiens doivent repenser tout leur modèle économique. Pour le mobilier, l'architecte a l'idée de solliciter les artisans indiens, qui mettent leur savoir-faire au service des idées de Pierre Jeanneret et Le Corbusier. En sort des meubles low cost, modernistes et chaleureux, où l'élégance des lignes géométriques des pièces de mobilier rencontrent les matériaux chauds et naturels de l'Inde comme le coton, le teck, ou un cuir venant de vaches mortes naturellement, comme le souhaite la tradition sikh.

Dans le courant des années 90 Chandigarh souhaite changer de visage, et vend tout ce mobilier devenu culte pour tous les esthètes. Des spécialistes et collectionneurs récupèrent ces pièces maitresses, et les restaurent. Devenues stars des salles de ventes où elles atteignent des prix records, elles meublent dorénavant les hôtels de luxe, comme la Banane à Saint-Barth , et sont attendues avec impatience ce mois ci à la vente Artcurial. Mais, en souvenir d'une rencontre, celle de l'Inde et du modernisme, vous pourrez aussi les découvrir à la Galerie Anton Meier jusqu'au 17 décembre. Elle présente cet automne ces pièces uniques, preuve de la réalisation d'une utopie concrète dans l'Inde des années 50.

À
VOIR

Le Corbusier & Pierre Jeanneret : The Chandigarh Project

du 20 septembre au 17 décembre 2011

Galerie Anton Meier

Palais de l’athénée

2, rue de l’athénée CH — 1205 Genève

www.antonmeier-galerie.ch

projet en lui-même redéfinit la conception de la ville. Elle est ici la réalisation complète de deux architectes, Le Corbusier et Pierre Jeanneret, qui ont révolutionné leur discipline, en y imposant une modernité.

Fauteuils de Pierre Jeanneret et du Corbusier, datant de 1955-1956

Le Corbusier, sur le chantier du secrétariat, 1955

Pierre Jeanneret , Le Corbusier et l'ingénieur en chef P.L Sherma

Salle de lecture de la Haute Cour de Chandigarh

Judge Chair de Pierre Jeanneret, datant de 1960

Lampadaire à deux lumières de Pierre Jeanneret 1955-1956

Pierre Jeanneret au milieu de ses meubles