Badiane, gobelet à café pour Bernardaud (2010)

Lampe Arnaud, design Arnaud Lapierre pour Cinna / Ligne Roset (2011)

"Quand je dessine un objet j'imagine toujours dans quel film je le verrai. Field irait bien dans Mulholland Drive de David Lynch"

L'AGENDA

d'Arnaud Lapierre

 

 

SEPTEMBRE 2011

Design Week : Présentation d'un luminaire d'appoint chez Triode à Paris / Exposition de dessins en soutien au Japon avec la SAFI, 10 designers et 10 stylistes (featuring Sonia Rykiel).

Présentation du prototype de Field.

 

OCTOBRE 2011 

Galerie Coming Soon : Exposition de miroirs et photographies dans le cadre de la Chic Art Fair.

 

NOVEMBRE 2011

Granville galerie : thématique annuelle 'coffrets ou secrets', featuring Christian Ghion, Matali Crasset, des jeunes designers et des étudiants (mi-novembre).

Qu'est-ce qui vous inspire ?

Les artistes du Color Field (Nicolas de Stael, Mark Rothko, Pierre Soulages) pour le côté contemplatif. Les cinéastes comme Michel Gondry, ou Mike Mills pour la sensibilité, j'adore Guy Ritchie pour sa déconstruction passionnante du scenario. J'aime les 25 premières minutes de 'L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford' (Andrew Dominik, 2007) pour les gros plans et le décalage entre les images et la voix off. Côté designers, j'aime Ronan et Erwan Bouroullec car selon moi il n'y a pas plus juste que ces deux-là. J'apprécie le travail de Stefan Diez qui ira certainement plus loin que Konstantin Grcic! Naoto Kukasawa, l'épure japonaise sublime, et Sanaa pour l'innovation et l'humour.

 

www.arnaud-lapierre.com

www.myaudi.fr

 

Propos recueillis par Caroline Taret

11 Août 2011

 

 

Pouvez-vous définir votre style ?

Si j'ai un style, il est plutôt low-tech : la technologie pour la technologie ne m'intéresse pas, la performance ne me touche pas parce qu'elle s'essouffle elle-même. Aujourd'hui, on se situe dans une dynamique proche de la mode, et l'iPhone en est le parfait exemple. Par contre, si on est capable de prendre des morceaux de cette technologie innovante en les calmant, en les faisant raisonner sur les problématiques écologiques, on arrive à des technologies que je perçois comme justes. La lampe Field redonne de l'attrait à ce qui a été mis de côté dans la technologie, elle remontre des choses qui étaient cachées.

 

Quelle est votre définition du design ?

Selon moi, le design est une réponse sensible à une question pertinente. C'est la question de la légitimité d'un objet à exister : faire une énième lampe ou une chaise en plastique ne me semble pas cohérent, et je n'ai pas envie de dessiner dans ces conditions. L'important aujourd'hui c'est de faire des objets responsables, et réfléchir à un vrai service après-ventre dans lequel on pourrait ramener nos objets cassés ou usagés. C'est une logique qui n'existe pas.

 

L'idée était de faire un répertoire de tous ces éléments et de les assembler. Field est une sorte de ready made ! J'ai dessiné le contour de la matière de lumière qui lui fournit son identité. Il nous reste à tester Field en terme de lumière : est-ce une lampe d'ambiance ou propose-t-elle un éclairage ? La relation on/off m'intéresse : à quel univers appartient cette lampe une fois qu'elle est éteinte ? J'ai travaillé le motif, les strilles, les ondulations, les nids d'abeille, etc. Notre objectif est de dessiner cinq bases puis une dizaine de panneaux pour faire varier les motifs.

Est-ce Cinna qui éditera Field ?

Aujourd'hui rien n'est figé : Audi souhaite prototyper la lampe d'ici septembre. Si Cinna en assure l'édition, il est probable que nous nous dirigions vers de la petite série. J'avoue que si c'est le cas, je préfèrerai me tourner vers des galeries comme Kreo. Néanmoins j'ai pensé et dessiné ces lampes pour la production de masse à moindre coup, chose tout à fait adaptée à la thématique des Audi Talents Award section design, 'l'aluminium et la LED' : avec la LED, on réduit la taille des composants et leur nombre ce qui permet de faire des objets plus fins, et à côté de ça  nombre de produits semi-finis existent déjà dans l'industrie l'aluminium (plaques ondulées ou perforées).

Lauréat de la section design du concours Audi Talents Awards, Arnaud Lapierre évoque à travers son projet
de lampe Field son process créatif.

Aujourd'hui, je suis dans une période de 'rematurité' : je suis en train de re-questionner mon esthétique, mon univers, et je pense que Field est une étape. Avant j'étais dans la question du sens, de l'usage et de la fonction. Aujourd'hui je maintiens ces aspects impératifs mais j'y injecte de la surprise. Par exemple pour Field, une de mes source d'inspiration pour le côté ondulé est une photo que j'ai prise avec mon iPhone des accordéons des bus parisiens. C'est un instantanné, un peu comme un Polaroid, qui me permet de documenter mon process créatif.

 

La photo a un rôle essentiel !

Sans photo je ne peux pas dessiner librement. Mes photos sont toujours très graphiques : j'aime cette transition entre l'abstraction et la réalité, ce passage où on est plus très sûr de ce que l'on regarde. C'est précisement ce moment qui me permet de faire de la narration.

Field possède une forte dimension décorative ?

C'est plutôt un objet contemplatif : on se situe dans la curiosité ou la sensation plus que dans la décoration. Mon intention est de rendre une lumière palpable, d'être en rupture avec l'archétype de la lampe.

Field découle de travaux que j'entreprends depuis longtemps et notamment un projet avec la galerie Coming Soon : je développe une série de miroirs depuis six mois avec cette galerie qui allie design et photographie, deux disciplines que je pratique en parallèle. La photographie m'aide à travailler sur des sensations, du motifs, des profondeurs et fait partie intégrante de mon process créatif. Pour Coming Soon, je ne voulais pas venir avec un projet classique, je voulais lier design et photographie et le miroir m'est apparu comme une évidence étant donné que celui-ci est une photographie dans l'habitat. C'est un cadrage, un point de vue, un portrait, un paysage, une mise en situation, une composition.

A partir de là, nous avons dessiné une série de cinq miroirs avec des contenants assez imposants : l'idée est l'appropriation, la boîte et le miroir vont ensemble et on ne peut pas les désolidariser, donc les personnes les utilisent de différentes manières. Nous envisageons un projet photographique en parallèle en sollicitant des personnes qui sont dans un travail de narration (scénographes, réalisateurs, acteurs, etc) pour qu'ils produisent un visuel impliquant le miroir : l'idée de cette exposition est de mettre en rapport l'objet de galerie et son utilisation dans le réel. L'objet change quand il trouve son utilisateur !

 

Vous êtes à votre compte après trois ans chez Jean Nouvel ?

Oui. Mais je n'ai pas envie de faire que du meuble. C'est intéressant mais on s'essouffle vite car les seules réponses que l'on peut apporter sont esthétiques ou graphiques. D'autant que j'ai aussi le goût des objets techniques et électroniques.

Restaurant La Villa, Paris © Eric Laignel

Restaurant Hakkasan Abu Dhabi Crédit © Victor Romero

Propriété de Rémo Ruffini,
Saint Moritz © Sisters Agency

La lampe Limp, design Arnaud Lapierre - Installation à l’Eglise Sainte Foye dans le cadre de Paradedesign (mai 2011)

Arnaud Lapierre