Portrait de l'architecte Odile Decq © Markus Deutschmann
Vous avez un rapport particulier à la couleur...
Oui je fais du noir depuis le projet du MACRO mais avant j'étais moi-même noire quelque part mais je ne voulais pas forcément l'infliger aux autres. Le FRAC aussi est noir. Je mets du rouge car il fonctionne parfaitement avec le noir, c'est mon rouge, qui tire un peu sur le orange...
Y-a-t-il un chantier que vous auriez aimé faire ?
Non je n'y pense pas. Au début de ma carrière, je voulais faire un théâtre, ça viendra peut-être. J'aimerai réaliser une tour aussi. Un jour ! Je suis contente de ce qui vient.
Quels designers appréciez-vous ?
J'aurai aimé avoir dessiné la lampe Well of Life d'Arik Levy! Je lui ai dit que j'étais jalouse, et j'aime bien ce sentiment. J'aime aussi beaucoup Christian Ghion pour sa générosité, sa gentillesse.
Propos recueillis par Caroline Taret
14 Février 2012
ODBC Odile Decq - Benoît Cornette
« J'ai de la gourmandise de curiosité »
Odile Decq, architecte
Et le design ?
J'en fais de plus en plus. J'ai toujours eu envie d'en faire, mais je crois que j'avais très peur. Le rapport n'est pas le même qu'en architecture !
Pour moi la règle de base est que l'objet doit être confortable, dans la relation comme dans l'installation. J'ai commencé à toucher au design sur le projet de l'UNESCO : j'ai d'abord travaillé sur la borne d'accueil, et il fallait que je choisisse des fauteuils donc j'ai préféré les dessiner et je les ai fait produire par Domeau & Pérès. Quand j'ai reçu le premier prototype, je l'ai trouvé minuscule donc je leur ai demandé de prendre des dimensions plus grandes mais cette deuxième version n'était pas confortable. Je ne m'étais pas trompée en fait mais j'ai réalisé à ce moment précis que c'était la première fois que j'avais dessiné et réalisé quelque chose qui était plus petit que moi et dans lequel je n'étais pas entrée. Depuis je n'ai plus peur de faire du design. J'ai dessiné les chaises et les tables du MACRO et du restaurant de l'Opéra.
car la déambulation est devenue aussi importante que la collection, et la promenade permet de donner le choix au visiteur de pénétrer dans les salles si il le souhaite, comme un système à choix multiples qui n'impose pas un parcours figé. Le musée n'est pas non plus une boîte blanche, un espace neutre. Je pense qu'il faut absolument tenir compte des oeuvres lorsque l'on conçoît un espace dédié à une collection permanente, mais c'est différent lorsqu'il s'agit d'un centre d'art. Il ne faut pas oublier que le musée en tant qu'architecture attire les gens, et notre rôle est aussi de donner de l'attractivité à l'espace.
Vous êtes plus public ou privé ?
Au début on faisait pas mal de public parce qu'en France il n'y avait que ça, aujourd'hui c'est les deux. L'exercice est le même pour moi. La relation avec le client privé est passionnant : on passe par toutes les étapes de joie, de refus, c'est compliqué de mener un projet d'architecture, ce n'est pas lisse et fluide, il y a des rugosités. Il faut être patient.
Le dessin est-il le dénominateur commun ?
C'est à la fois le dessin et la fabrication. J'ai de la gourmandise de curiosité. Certes je touche à tout mais c'est par gourmandise, c'est excitant comme manger quelque chose de bon. J'ai une tendance boulimique entre mon agence et l'école d'architecture. Mais l'école me passionne car nous avons une culture de fabrication de projets, et c'est passionnant. C'est deux vies différentes.
Vous aimez construire des musées ?
Oui et ça fait longtemps que l'agence participe à des concours pour la construction de musées, le premier était le Musée de l'Air au Bourget. On a fini par gagner Rome, puis un musée de collectionneur privé en Autriche qui ne s'est jamais fait. Le musée m'attire car l'art m'intéresse : je suis fatiguée du prototype de musée que Richard Meier a mis au point dans les années 1980-1990 et qui s'est répété partout jusqu'à devenir un cas d'école, une obligation. Je ne pense pas que le musée ce soit ça : le Guggenheim dessiné par Frank Lloyd Wright en 1959 a marqué un tournant
Vous êtes de plus en plus présente en France !
Oui c'est vrai, nombre de mes projets commencent à avoir une visibilité en France. Je faisais beaucoup de choses à l'étranger du coup les gens me connaissent sans trop savoir ce que je fais. Il suffit d'un projet comme le Musée d'Art Contemporain de Rome pour attirer l'attention ! Même si celui-ci a mis dix ans avant d'exister. Au début je communiquais sur le chantier et son avancée et puis au bout d'un moment j'ai préféré faire un blackout, préférant être jugée sur un projet fini. C'est une volonté de ma part de créer une surprise et j'ai adopté la même règle pour le restaurant de l'Opéra de Paris. Il en sera de même pour le FRAC de Rennes qui ouvrira ses portes au Printemps 2012. L'architecture est faite pour que les gens la découvre...
Cette architecte française au look décalé, respectée dans le monde entier, construit de plus en plus de bâtiments en France : après le Restaurant de l'Opéra Garnier à Paris, le FRAC Bretagne ouvrira ses portes au printemps. Rencontre.
Arrivez-vous à définir votre style ?
Non. Au moment de l'inauguration du restaurant de l'Opéra Garnier à Paris, les gens m'ont fait remarqué que j'avais travaillé sur des courbes et que ce n'était pas dans mes habitudes... ça m'a étonnée car je travaille la courbe dans tous mes projets. Il faut préciser qu'à l'Opéra, la courbe est venue de la nécessité de ne pas toucher les murs du bâtiment. J'ai créé une ondulation pour tenir derrière le verre puis il est apparu naturel de tourner autour des poteaux. La fluidité était cruciale. C'était un vrai travail sur le dessin ce restaurant.
Les gens connaissent mal mon travail ! Je pense travailler sur une publication qui serait le répertoire de nos créations de ces dix dernières années : j'aimerai en concevoir le graphisme car ce domaine me passionne, comme beaucoup d'autres, l'urbanisme, le design, les pièces d'art, les installations, je suis un peu une touche-à-tout.
L'architecture est une vocation ?
J'avais une grande attirance pour tout ce qui touchait à l'art, parce que je dessinais beaucoup. Pendant un cours de dessin, un de mes professeurs m'a initié aux arts décoratifs, à l'architecture, à l'urbanisme. Et j'ai rencontré des étudiants en architecture pendant mes études d'histoire de l'art à Rennes : à l'époque j'étais intimement persuadée que cette discipline était réservée aux garçons ! Ils m'ont encouragés à tenter le concours qui ne nécessitait pas un lourd bagage mathématique mais un raisonnement concrèt. Aujourd'hui il y a plus de filles dans la filière architecture.
D'où vient votre inspiration ?
De la vie en général. De l'expérience qui vient avec le temps, des contraintes que l'on me donne qui font émerger des idées. C'est souvent instantané et intuitif, ce n'est pas idéologique chez moi. Quand je travaillais avec Benoît Cornette, c'était peut-être un peu différent même si notre approche n'a jamais été liée à un raisonnement.
Sur quoi votre agence travaille-t-elle ces jours-ci ?
En ce moment nous sommes une vingtaine à l'agence et nous travaillons sur le FRAC, le projet de la Confluence de Lyon, cinq immeubles collectifs et une quinzaine de maisons individuelles à Lille, des opérations d'urbanisme notamment un îlot sur la rivière de Valenciennes. Les bords du Rhin à Unungue au Nord de Bâle, au coeur d'un projet ambitieux qui implique Bâle, Weil an Rhein et Huningue. En cours également l'Office du Tourisme flottant sur la Mayenne à Laval que nous avons remporté au mois de juillet dernier...
Beaucoup de projets autour de l'eau !
Je suis de plus en plus une fille de port ! Je travaille sur un projet sur le port de Tanger, mais aussi celui de Sélinonte en Sicile, et je suis depuis 15 ans l'architecte en chef de port de Gennevilliers... J'ai aussi conçu un objet flottant pour la Seine à Paris. C'est une coincidence qui me plait beaucoup.
Restaurant La Villa, Paris © Eric Laignel
Salle blanche du MACRO à Rome © G.Fessy-ODBC
FRAC Bretagne sera inauguré à Rennes au Printemps 2012 - Copyright ODBC
Façade du MACRO © Paolo-Ferrarini
Terrasse du MACRO à Rome © G.Fessy-ODBC
MACRO à Rome © G.Fessy-ODBC
Phantom, restaurant de l'Opéra Garnier à Paris - Copyright-Roland-Halb