LES 12 TRAVAUX
DES CAMPANA
Humberto et Fernando Campana se sont vu confier la décoration d'un des palaces de la capitale grecque. Est ce possible de mélanger maximalisme made in Brasil et culture grecque ? On dit oui ! Visite du New Hotel Athens.
27 octobre 2011
TEXTE : Marine Normand
PHOTOGRAPHIES : Design Hotels
Le duo de designers a donc été sollicité pour l'aménagement intérieur de cette adresse mythique par le nouveau nabab de l'hôtellerie, fondateur des Yes Hotels, Dakis Joannou. Le New Hotel prend en effet place dans l'une des seules, et des meilleures, productions modernistes d'Athènes, un ancien palace olympique construit en 1958 par l'architecte Iasonas Rizos. Un écrin sobre et rigoureux, éloge du cube, dans lequel Humberto et Fernando ont pu donner libre champ à toutes les envies. Mais comment délocaliser le style des Campana , fortement marqué par l'exubérance brésilienne, cette touche folle et
pleine de vie, dans ce coffret urbain parfait, lisse et sans fioritures ? Comment de plus allier l'histoire du bâtiment, fortement lié à la Grèce et son patrimoine culturel, à la conception créative très particulière des deux Brésiliens ? Il fallait trouver un lien. Et ce lien, ce sera les étudiants en architecture et design de Thessaly qui ont été invités à travailler avec les designers lors de workshops, et qui ont distillé une petite touche grecque sans perdre l'excentricité propre aux Campana .
Le résultat donne une adresse qui porte la signature de tous ces intervenants, le regard détonnant du Brésil sur la Grèce. Un hôtel de 79 chambres qui a été conçu comme une œuvre d'art, un terrain d'expérimentation. Les chambres sont ainsi divisées en trois grands concepts de décoration. Le premier est inspiré des marionnettes du théâtre d'ombres traditionnel, le Karagiozis, héritage culturel et typique de la Grèce. Des silhouettes dansent ainsi sur les murs et accompagnent le dormeur jusqu'aux bras de Morphée. La deuxième catégorie s'amuse avec un des talismans du
Oeuvre Totale
Les designers brésiliens ont donc travaillé avec l'artisanat local, mais ont aussi récupéré et détourné des anciens matériaux, certains déjà présents à l'intérieur de l'hôtel, issus de sa déconstruction. On retrouve donc ce jeu des accumulations de matières, de formes, un côté bricole Do It Yourself ultra maitrisé et fabriqué à partir de matériaux nobles. Des créations à l'image des fauteuils Favela ou Leather Works édités chez Edra, qui joue sur la superposition du bois ou de chutes de cuir. La réception est donc une boîte réalisée avec de nombreuses chutes de contreplaqué, de bouts de chaises récupérés dans l'ancienne salle de restaurant, un abri qui pour le coup est véritablement de fortune. Ils ont aussi détourné des classiques comme la Chaise Thonet, revue et corrigée, et qui se présente avec deux dossiers, dont l'un est renversé et sert de piètement avant. Surprenant !
À
VOIR
NEW HOTEL
16 Filellinon Street
10557 Athens Greece
www.designhotels.com/hotels/europe/greece/athens/new_hotel
pays, cette petite perle rappelant l'iris de l'oeil et que l'on arbore pour porter bonheur. Les murs prennent vie avec ces yeux qui veillent sur le sommeil. Et enfin, la dernière est une invitation au voyage dans l'ancien Athènes, un voyage dans le temps possible grâce à des installations dans les chambres réalisées avec de nombreuses cartes postales vintage. Trois cadres singulièrement différents dans lesquels les designers ont pu s'en donner à cœur joie, apportant leur vision décalée sans négliger de raconter l'histoire aux voyageurs venus passer une nuit au New Hotel.
Le tout est travaillé dans des tons très doux, comme le rose anglais, l'orange et le bleu, avec l'or et le bois qui interviennent de manière récurrente pour accentuer la subtilité et le côté si particulier de l'adresse. Les salles de bain s'amusent par exemple avec la ligne, et semblent taillés grossièrement dans une roche précieuse. Tout ceci sublimé par la lumière naturelle, accessible de partout grâce à la présence de gigantesques baies vitrées. Les Campana semble avoir inscrit leur mythologie dans ce nouvel Olympe...